L’industrie du bonheur – Mathilde Chabot

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Ce livre bulle de deux jours, ce livre que je suis sûre d’avoir fermé, rangé, aligné dans la bibliothèque, un peu penché contre un livre d’origamis plein de couleurs, ce livre reste encore ouvert. Mystère !

Le livre, comme un huis clos, renferme les écrits de Maiwenn, adolescente souffrant de l’attitude nocive de sa mère, vaste silence d’incompréhension, vagues d’amertumes . Ces écrits sont des cris, des hurlements poétiques, un exutoire de mots emmêlés. Cette écriture cloisonnée entre des chapitres narrant un récit extérieur, nous enferme avec Maiwenn dans ce gouffre vertigineux dont elle ne peut sortir. Ecrire pour se rendre compte, pour dire, mais c’est aussi par là qu’elle accentue la douleur, parce qu’elle creuse cette plaie atrocement béante.

Ce livre, comme l’atelier d’un bricoleur, abrite les malheurs des uns — les pièces usées, souillées, mais laisse apparaître à travers des chapitres, des bribes de phrases et de mots mêlés, l’ingéniosité de la vie. Cette dernière s’insinue doucement à travers le récit de la quête initiatique de Catherine pour qui le bonheur est une profession. Elle rencontre dans la construction de son parcours professionnel Stephen et Maureen, deux personnages pour le moins excentriques et non moins chaleureux qui l’aident à construire l’industrie du bonheur. Ils réparent ensemble le sourire de Maiwenn, le goût de vivre et l’aident à se ré accrocher à la vie.

C’est un vrai concentré de vie ce livre. Charmée par les mots, j’ai été vraiment intriguée d’être aussi malmenée par l’auteur. Après nous avoir fait traverser des passages extrêmement violents et tempétueux, elle nous demande de croire à un univers complètement irrationnel. Qui peut croire qu’une pipe qui fait des bulles changerait la vie des gens ? Qui peut croire qu’un album de photos de sourires peut aider à retrouver goût à la vie ? Et cela laisse simplement entendre que devant certains lourds poids de vie, la seule issue possible, pour un temps, semble être de fuir vers l’irréel par le réel. En s’accrochant aux petits détails, en les bricolant, les assemblant, comme cette pièce chaleureuse dans laquelle est reçue Catherine — construite avec un chat, une infusion, un feu de cheminée, des yeux et une bouche souriants, il est possible de vivre un profond moment de soulagement où reposer ses blessures. Et ainsi se ressourcer et s’apaiser.

C’est un beau chemin que le lecteur emprunte, un ascenseur émotionnel. Pour celui qui s’accroche, s’attache, il ne ressort pas indemne.

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